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Facturation électronique et DOM-TOM : les règles spécifiques pour les entreprises d'Outre-mer

Sommaire

    Résumé de l'article

        • La réforme de la facturation électronique ne s'applique pas de la même façon partout : tout dépend de l'assujettissement à la TVA du territoire concerné ;
        • La Guadeloupe, la Martinique et La Réunion sont soumises à l'e-invoicing, comme la France métropolitaine ;
        • La Guyane et Mayotte, où la TVA n'est pas applicable, restent hors champ de l'e-invoicing, mais peuvent être soumises à l'e-reporting selon la nature de leurs opérations ;
        • Les COM (Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna) et les TAAF sont hors champ de la réforme, car dotées de leur propre cadre fiscal ;
        • Les échéances restent alignées sur le calendrier national : septembre 2026 pour la réception, septembre 2027 pour l'émission des PME et TPE ;
        • Le choix d'une solution technique conforme (plateforme agréée ou solution compatible) conditionne la bonne transmission des données à l'administration fiscale.


    DOM-TOM, DROM, COM, TAAF : de quoi parle-t-on exactement ?

    Les DROM, des départements soumis au droit commun

    Les départements et régions d'Outre-mer (DROM) regroupent la Guadeloupe, la Martinique, La Réunion, la Guyane et Mayotte. Ce sont des départements français à part entière, rattachés au même cadre juridique que la métropole. Cela ne signifie pas pour autant une application uniforme de la TVA : la Guyane et Mayotte font figure d'exception, comme on le verra plus loin. Les entreprises établies en Guadeloupe, en Martinique ou à La Réunion appliquent un régime de TVA construit comme en métropole (taux normal et taux réduit), mais avec des taux nettement inférieurs : 8,5 % contre 20 % en métropole pour le taux normal.

    Les COM et les TAAF, des territoires à fiscalité autonome

    Les collectivités d'Outre-mer (COM) rassemblent la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon et Wallis-et-Futuna. Chacune dispose de son propre régime fiscal, parfois très éloigné du droit français. La Nouvelle-Calédonie applique par exemple sa Taxe générale sur la consommation, tandis que la Polynésie française a instauré sa propre TVA locale. Les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), quant à elles, n'ont pas d'activité économique assujettie à la TVA.

     

    💡 Bon à savoir
    Ces territoires autonomes ne relèvent pas du droit fiscal français en matière de TVA. Ils constituent une zone hors TVA au sens de la réforme, quelle que soit la nature de l'opération réalisée. Une entreprise qui échange avec un DROM ou une COM doit donc distinguer chaque flux selon le pays ou le territoire de destination.

    La TVA en Outre-mer : un champ d'application à géométrie variable

    C'est le taux de TVA du territoire, et non son appartenance administrative, qui fixe les règles applicables. Trois situations coexistent, et la facturation de la TVA doit être adaptée à chacune.

     

    Territoire

    Statut TVA

    Taux normal

    Taux réduit

    Guadeloupe, Martinique, La Réunion

    Applicable

    8,5 %

    2,1 %

    Guyane, Mayotte

    Non applicable (article 294-1 du CGI)

    /

    /

    Polynésie française

    TVA locale autonome

    16 %

    5 %

    Nouvelle-Calédonie

    Taxe générale sur la consommation

    Taux propre

    Taux propre

    Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna

    Non applicable

    /

    /

     

    Guadeloupe, Martinique, La Réunion : la TVA s'applique, à des taux réduits

    Dans ces trois DROM, la TVA française s'applique, mais avec des taux plus faibles qu'en métropole. Le champ d'application des opérations imposables reste identique à celui de la métropole. Ces départements sont considérés comme des territoires d'exportation vis-à-vis de la métropole et de l'Union européenne pour les livraisons de biens, ce qui entraîne une exonération de TVA sur ces échanges, avec la mention obligatoire « Exonération de TVA en application de l'article 294 du Code général des impôts ».

    Guyane et Mayotte : hors champ de la TVA

    L'article 294-1 du Code général des impôts exclut la Guyane et Mayotte de l'application de la TVA. Les entreprises qui y sont établies ne collectent donc pas de TVA sur leurs ventes. Elles facturent hors taxes, avec la mention légale correspondante. Cette absence de TVA a une conséquence directe sur la réforme de la facturation électronique, puisque le dispositif d'e-invoicing repose sur l'assujettissement à cette taxe. Le DROM Guyane se retrouve ainsi dans une situation particulière, à mi-chemin entre le régime métropolitain et celui des collectivités totalement autonomes.

     

    💡 Bon à savoir
    Une entreprise métropolitaine qui vend un bien à un client établi en Guyane ou à Mayotte réalise, du point de vue fiscal, une opération d'exportation. La facture doit être établie hors taxes, quelle que soit la nature du client (professionnel ou particulier).

    Qui est concerné par l'e-invoicing et l'e-reporting dans les DOM-TOM ?

    La facturation électronique repose sur deux volets : l'e-invoicing pour les échanges entre entreprises assujetties, et l'e-reporting pour les opérations qui échappent au circuit électronique classique. Dans les DOM-TOM, c'est justement cette frontière qui détermine le dispositif applicable, et donc l'obligation à respecter.

    Les opérations soumises à l'e-invoicing

    Une entreprise établie en Guadeloupe, en Martinique ou à La Réunion, qui réalise une opération B2B avec un client assujetti établi dans un de ces mêmes territoires, en métropole ou dans un autre de ces DROM, entre dans le champ de la facturation électronique. La facture doit être émise via une plateforme agréée, au même titre que pour une entreprise métropolitaine, avec transmission automatique des données de la transaction.

     

    Sont donc concernées :

        • les entreprises assujetties établies en Guadeloupe, Martinique ou La Réunion, pour leurs ventes B2B vers ces territoires ou vers la métropole ;
        • les entreprises métropolitaines qui vendent à des clients assujettis établis dans ces trois DROM ;
        • les sociétés civiles assujetties à la TVA qui réalisent des opérations B2B dans ces territoires.

    Les opérations qui basculent en e-reporting

    Dès qu'une opération concerne la Guyane, Mayotte, une COM ou les TAAF, la logique change. Ces territoires étant hors du champ de la TVA française (ou soumis à une fiscalité indirecte propre), les échanges ne peuvent pas transiter par le circuit d'e-invoicing classique. L'entreprise assujettie qui réalise l'opération, côté métropole ou DROM taxé, reste toutefois tenue de transmettre les données de la transaction à l'administration fiscale via l'e-reporting.

     

    Concrètement :

        • une vente vers un client établi dans le DROM Guyane, à Mayotte, dans une COM ou aux TAAF relève de l'e-reporting, jamais de l'e-invoicing ;
        • une entreprise établie en Guyane ou à Mayotte n'a pas d'obligation d'émission de facture électronique, mais peut être soumise à l'e-reporting pour certaines opérations réalisées avec la métropole ou un DROM taxé ;
        • les opérations avec un pays situé hors de France suivent des règles de déclaration distinctes, généralement rattachées au régime des exportations internationales.

    💡 Bon à savoir
    Une entreprise qui vend à la fois vers La Réunion (soumise à la TVA) et vers Mayotte (hors champ) doit gérer les deux dispositifs en parallèle : facturation électronique pour l'une, e-reporting pour l'autre.

    Achats, fournisseurs et flux entrants : les obligations côté réception

    La réforme ne concerne pas uniquement les ventes. Toute entreprise assujettie doit aussi être capable de recevoir des factures électroniques de ses fournisseurs, y compris lorsque ces derniers sont établis en Outre-mer. Cette obligation de réception s'applique dès septembre 2026, quelle que soit la taille de l'entreprise.

     

    Pour une entreprise qui achète auprès d'un fournisseur établi en Guadeloupe, en Martinique ou à La Réunion, le flux de facturation suit le circuit classique de l'e-invoicing. Le fournisseur envoie sa facture via sa plateforme agréée, qui la transmet à celle de l'acheteur.

     

    Lorsque le fournisseur est établi en Guyane, à Mayotte ou dans une COM, la facture d'achat n'est pas systématiquement structurée : elle peut encore être transmise sous format papier ou PDF. L'obligation d'e-reporting dépend alors de la nature de l'opération : pour une livraison de bien, c'est le fournisseur qui peut être tenu de transmettre les données ; pour une prestation de service, c'est l'acheteur qui réalise l'e-reporting d'acquisition, le fournisseur restant hors champ.

     

    Quelques bonnes pratiques pour gérer ses achats en Outre-mer :

        • vérifier le statut fiscal du fournisseur avant de traiter la facture reçue ;
        • classer les factures selon leur origine géographique pour faciliter la déclaration de TVA ;
        • conserver une trace de chaque facture papier reçue d'un DROM ou d'une COM hors champ, au même titre qu'une facture structurée ;
        • automatiser autant que possible le rapprochement comptable entre bon de commande, réception et facture d'achat.

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    En savoir plus

    Formats, plateformes et automatisation : les aspects techniques de la conformité

    Au-delà des règles fiscales, la conformité en Outre-mer requiert un système capable de gérer plusieurs formats et plusieurs statuts TVA sur une même base client. C'est là que le choix d'une solution technique adaptée fait la différence.

    Les formats acceptés et leur usage

    Trois formats structurés sont aujourd'hui reconnus par l'administration fiscale : Factur-X, UBL et CII. Le format PDF simple, lui, ne suffit plus pour les opérations relevant de l'e-invoicing, même s'il reste toléré pour les échanges qui restent hors champ, comme certaines opérations réalisées en Guyane ou à Mayotte.

     

    Format

    Lecture

    Usage principal

    Factur-X

    Humaine et machine

    Le plus répandu, hybride PDF et XML

    UBL

    Machine

    Échanges internationaux

    CII

    Machine

    Grands groupes, flux automatisés

    PDF simple

    Humaine uniquement

    Toléré uniquement hors champ de la réforme

    Plateforme Agréée, solution compatible et interopérabilité

    Deux catégories de solutions techniques permettent d'assurer la conformité : la plateforme agréée (PA), immatriculée par la DGFiP, qui gère l'intégralité du processus (émission, réception, transmission, archivage) ; et la solution compatible, qui s'appuie sur une PA partenaire pour assurer l'interopérabilité des flux.

     

    L'automatisation de ce traitement réduit fortement le risque d'erreur et le coût de gestion administrative, en particulier pour les entreprises qui facturent à la fois des clients métropolitains, des clients DROM et des clients situés dans une COM. C'est le cas par exemple de Tiime, plateforme agréée qui gère nativement plusieurs taux de TVA et le basculement entre e-invoicing et e-reporting selon le territoire du client.

    💡 Bon à savoir
    Avant de signer avec un prestataire, demandez toujours si son support technique connaît les spécificités des DOM-TOM. Un bon interlocuteur doit être capable d'expliquer, en quelques minutes, comment sa solution gère le basculement entre e-invoicing et e-reporting selon le territoire du client.

    Calendrier et mise en conformité pour les entreprises ultramarines

    Le calendrier de la réforme reste identique pour toutes les entreprises françaises assujetties, où qu'elles soient établies, dès lors qu'elles entrent dans le champ de l'e-invoicing.

    Les échéances de septembre 2026 et septembre 2027

    Taille d'entreprise

    Réception des factures

    Émission des factures

    Grandes entreprises et ETI

    1er septembre 2026

    1er septembre 2026

    PME et TPE (y compris DROM)

    1er septembre 2026

    1er septembre 2027

    Micro-entreprises assujetties

    1er septembre 2026

    1er septembre 2027

     

    Le calendrier de la facturation électronique s'applique donc sans distinction géographique aux entreprises assujetties établies en Guadeloupe, Martinique ou La Réunion.

    Choisir une plateforme agréée adaptée aux DOM-TOM

    Pour les entreprises concernées par l'e-invoicing, le choix d'une plateforme agréée de facturation électronique est une étape obligatoire. Il est utile de vérifier que la solution retenue gère correctement les particularités géographiques : mentions de territorialité, gestion de plusieurs taux de TVA sur une même base client, ou encore compatibilité avec des opérations mixtes e-invoicing et e-reporting.

     

    Quelques points à vérifier avant de choisir un logiciel :

        • la capacité à appliquer automatiquement le bon taux de TVA selon le lieu d'établissement du client ;
        • la gestion des mentions d'exonération propres à l'article 294 du CGI ;
        • l'automatisation du basculement entre e-invoicing et e-reporting selon le territoire du destinataire ;
        • l'intégration comptable pour le suivi des opérations d'exportation vers les DROM ;
        • la capacité à préparer un export des données de facturation pour l'expert-comptable en cas de contrôle.

    Des solutions comme Tiime intègrent déjà ces critères par défaut, ce qui évite d'avoir à paramétrer manuellement chaque exception territoriale.

    💡 Bon à savoir
    En cas de doute sur le statut d'un client ultramarin, mieux vaut vérifier son numéro SIREN et son adresse d'établissement avant l'émission de la facture. Une erreur de territorialité peut entraîner un redressement, même en cas de bonne foi. En cas de question, le support technique de votre plateforme agréée ou votre expert-comptable reste le meilleur moyen d'obtenir une réponse.

     

    La légendaire FAQ

      L'octroi de mer est une taxe locale appliquée dans les DROM sur certaines importations et productions de biens. Elle se calcule et se déclare séparément de la TVA, via des dispositifs propres à chaque territoire. Elle n'a pas de lien direct avec la réforme de la facturation électronique, mais doit apparaître distinctement sur les documents comptables des entreprises concernées. 

      Certaines collectivités, comme la Polynésie française ou la Nouvelle-Calédonie, utilisent le franc CFP comme monnaie officielle. Les entreprises qui y sont établies peuvent facturer dans cette devise, à condition d'assurer une conversion claire si leurs clients ou partenaires sont en zone euro. 

      Les entreprises soumises à l'e-invoicing dans les DROM assujettis à la TVA encourent les mêmes sanctions que celles de métropole : une amende par facture non conforme et une pénalité en cas de manquement à l'e-reporting. Les montants et le barème sont fixés au niveau national, sans distinction territoriale. 

      Oui, le simulateur d'éligibilité de Tiime permet de vérifier en quelques questions si une entreprise relève de l'e-invoicing, de l'e-reporting, ou des deux dispositifs, en fonction de son activité et de la localisation de ses clients. 

      Non, une entreprise métropolitaine n'a pas besoin d'immatriculation particulière pour vendre vers les DROM. Elle doit en revanche appliquer les règles de territorialité propres à chaque opération (exportation, TVA applicable ou non) et adapter sa facturation en conséquence, en s'appuyant si besoin sur les ressources publiées sur le site gouv.fr. 

     

    Sources & Références 

     

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